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Le matériel pour dessiner un manga, du crayon à la trame

Kenji·7 min de lecture
Le matériel pour dessiner un manga, du crayon à la trame

Une plume G, un flacon d’encre de Chine, du papier épais, une gomme. La panoplie de départ d’un mangaka tient sur un coin de table, et elle revient moins cher qu’une tablette graphique. Le reste s’ajoute planche après planche, quand on sait ce qui manque. Poste par poste : crayonné, encrage, trames, couleur, numérique.

Le matériel de base : crayon, gomme, papier

On démarre avec trois fois rien. Un crayon HB, un carnet, des feuilles d’imprimante. Beaucoup de dessinateurs japonais travaillent avec de la papeterie ordinaire ; ce qui coûte cher dans une planche, c’est le temps passé dessus.

  • Le carnet de croquis, format A5 pour qu’il tienne dans un sac. Papier fin, prix bas. Il sert surtout à rater beaucoup.

  • Le crayon bleu clair. Le crayonné se fait souvent en bleu, que le scanner efface quand on pousse le contraste. Plus besoin de gommer sous l’encre séchée.

  • La gomme. Une gomme blanche souple, type Tombow Mono, et une gomme mie de pain qui éclaircit un trait sans l’effacer tout à fait.

  • Le porte-mine 0,5 mm. Trait d’épaisseur constante, pas de taille-crayon. Staedtler, Pentel, Uni : on en essaie deux ou trois avant de trouver celui qui tombe bien dans la main.

Une règle graduée et un cutter complètent la table. Le cutter servira aux trames, pas au papier.

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Quel papier pour une planche de manga

C’est le poste où la différence saute aux yeux dès la première planche. L’encre bave sur une feuille de photocopie et reste nette sur un papier lisse et lourd. Deleter vend la référence du genre, avec les repères de cadre déjà imprimés en bleu : bord de page, cadre utile, zone de coupe. On ne trace plus ses marges à chaque fois.

Deux formats cohabitent. Le B4, 257 × 364 mm, est celui des planches professionnelles au Japon. L’A4, 210 × 297 mm, sert au fanzine et se trouve dans n’importe quelle papeterie française, alors que le B4 se commande en ligne. Pour débuter, prenez de l’A4. Le B4 vous obligera à racheter du rangement et un scanner plus grand.

Le grammage compte autant que la surface. Un papier trop fin gondole sous l’encre et refuse le grattage de trame. Du Clairefontaine fait l’affaire pour s’exercer, à un prix qui permet d’en jeter la moitié sans y penser.

Marque

Ce qu’on trouve

Ce que ça change

Deleter

Papier manga B4 et A4, repères imprimés

Cadres déjà tracés, grammage calibré pour l’encre

Canson

Gamme papier manga, A4

Surface lisse, tient la plume et le marqueur

Clairefontaine

Papier à dessin ordinaire

Prix bas, bon pour s’entraîner et jeter

Plume, encre, pinceau : le poste encrage

L’encrage est l’étape qui sépare un croquis d’une planche. Trois familles d’outils s’y partagent le travail.

  • La plume G. La plus utilisée de toutes. Souple, elle épaissit le trait dès qu’on appuie, et c’est elle qui donne ces contours de personnage qui enflent puis s’affinent. Zebra, Nikko et Tachikawa en fabriquent les modèles courants.

  • La plume ronde, dite maru. Rigide, très fine. Cheveux, cils, hachures, tout ce qui doit rester discret.

  • Le pinceau à encre. Un brush pen Kuretake ou Pentel remplace la plume pour les aplats noirs et les traits de vitesse. Il pardonne beaucoup moins.

  • Les liners. Sakura Pigma, ou les Neopiko-Line de Deleter, de 0,05 à 0,8 mm. Le trait est mort, mais les cadres et les décors sortent réguliers et sans une tache.

Côté encre, on cherche un noir dense et résistant à l’eau. Sinon le marqueur à alcool ou l’aquarelle passés par-dessus délavent tout le travail de la veille. L’encre de Chine classique tient ce rôle, les encres Deleter et Kuretake aussi. Un flacon dure des mois.

Trames et screentone : le gris du manga

Le manga n’a pas de couleur dans ses pages intérieures. Les gris viennent de la trame, ou screentone : une feuille adhésive imprimée d’une grille de points, qu’on pose sur la zone à griser, qu’on découpe au cutter en suivant le contour, et dont on retire le surplus.

Les densités se lisent en pourcentage. Autour de 10 % pour un ciel, 20 ou 30 % pour un vêtement, davantage pour une ombre franche. Deleter en publie des centaines de références, motifs de fond compris : pluie, lignes de concentration, dégradés. Gratter la trame posée avec la pointe du cutter éclaircit une zone et fabrique une transition. C’est un des rares gestes qu’aucun logiciel n’imite vraiment.

La trame ne dispense pas de savoir où tombe l’ombre. Les techniques d’ombrage valent au crayon comme à la feuille adhésive.

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Couleur : marqueurs Copic, aquarelle, couverture

La couleur sert aux couvertures de manga et aux illustrations promotionnelles. C’est là que le budget grimpe.

Les Copic dominent le marché. Marqueurs à alcool, plus de 350 teintes, corps rechargeable et pointes remplaçables : on achète une fois, on entretient ensuite. L’encre sèche vite et se superpose sans arracher le papier, ce qui permet de monter une ombre en trois passages. Le revers vient du support, qui doit être assez fermé pour que la couleur ne traverse pas. Deleter propose la même famille sous le nom Neopiko-2, moins cher.

L’aquarelle reste une option, avec les godets Winsor & Newton pour référence. Elle réclame un papier lourd et une feuille tendue sur planche. Les crayons de couleur, Derwent ou Faber-Castell, servent plutôt aux accents : une joue, un reflet dans l’œil, un liseré de cheveux.

Étape

Outils

Marques citées

Storyboard

Carnet, crayon, feutre fin

Tombow, Sakura

Crayonné

Porte-mine 0,5, crayon bleu

Staedtler, Uni

Encrage

Plume G, plume ronde, liner

Zebra, Nikko, Pigma

Trames

Feuilles adhésives, cutter

Deleter

Couleur

Marqueurs à alcool, aquarelle

Copic, Neopiko, Winsor & Newton

Tablette graphique et logiciel : dessiner un manga en numérique

Une bonne part du travail se fait désormais à l’écran. Deux achats structurent le poste, la tablette et le logiciel, et ils ne se remplacent pas l’un l’autre.

  • La tablette sans écran. Une Wacom Intuos coûte le prix de quelques flacons d’encre. On dessine sur la surface en regardant ailleurs, et la main met une semaine ou deux à s’y faire.

  • La tablette à écran intégré. Wacom Cintiq, ou une tablette de type iPad avec stylet. Le trait apparaît sous la pointe. Plus cher, plus proche du papier.

  • Le logiciel. CLIP STUDIO PAINT est l’outil de référence du manga : trames intégrées, découpe des cases, bulles de dialogue, règles de perspective. La version PRO travaille page à page, la version EX gère un album entier. Photoshop fait la couleur et la retouche, mais il ignore la mise en page d’une planche.

Le numérique change surtout une chose : l’erreur ne coûte plus une planche. On annule, on déplace un personnage de trois centimètres, on essaie une trame puis une autre. En échange, il manque la résistance du papier sous la plume. Beaucoup de dessinateurs gardent le crayonné sur feuille et ne passent à l’écran qu’après le scan.

Scanner une planche encrée

Le trait encré se scanne en niveaux de gris, à 600 dpi. En dessous, les hachures fines se bouchent et les trames se mettent à moirer. Un scanner à plat A4 avale une planche A4 d’un coup. Pour du B4, il faut scanner en deux passes et recoller, ce qui suffit à décourager la plupart des débutants du format professionnel.

Par où commencer, concrètement

Pour une première planche, le minimum tient dans une liste courte : un bloc A4 Deleter, une plume G Zebra et son porte-plume, un flacon d’encre de Chine, un crayon bleu, une gomme mie de pain, un cutter, deux feuilles de trame à 10 et 20 %. Le reste attend. Les Copic viendront quand une couverture les réclamera, la tablette le jour où le bras fatiguera de refaire trois fois la même case.

Un mot sur l’entretien, parce que personne n’en parle. Une plume neuve sort d’usine avec une pellicule antirouille qu’il faut retirer, à la salive ou à l’alcool, sans quoi l’encre glisse dessus sans accrocher. On l’essuie après chaque séance. Laissée encrée, elle s’oxyde en quelques semaines. Elle coûte assez peu pour qu’on en garde trois d’avance dans un tiroir.

Écrit parKenji