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Dessiner un manga : le guide des techniques d’ombrage

Kenji·5 min de lecture
Dessiner un manga : le guide des techniques d’ombrage

Dans une planche en noir et blanc, l’ombrage fait presque tout le travail. Il n’y a ni couleur pour séparer un mur d’un ciel, ni matière pour tricher : la lumière porte le volume, l’heure de la journée et l’humeur de la scène. Les outils ont changé, et beaucoup de dessinateurs travaillent aujourd’hui sur Clip Studio Paint, Paint Tool SAI ou Photoshop. Les principes, eux, restent ceux de la plume et du papier.

Les bases de l’ombrage dans le manga

Une ombre obéit à la position de la source lumineuse, et à rien d’autre. Tant que cette source n’est pas décidée, aucune ombre ne tombe juste, et la case reste plate même quand le trait est propre.

Étude d’ombrage sur un personnage de manga, du crayon au rendu final

Décider d’où vient la lumière

La question se pose avant le premier trait : d’où vient la lumière, et combien y a-t-il de sources ? Quatre situations reviennent sans arrêt dans les planches.

  • En éclairage direct, le sujet est frappé de plein fouet et les ombres se découpent, bords francs.

  • Un ciel couvert diffuse la lumière et adoucit tout : les contours se brouillent.

  • À contre-jour, la source passe derrière le sujet. Il ne reste qu’une silhouette.

  • La lumière ambiante rebondit sur les murs et remplit les ombres au lieu de les creuser.

Ombres dures, ombres douces

Le reste découle de là. Une ombre dure sert le drame, une ombre douce sert le calme, et la plupart des planches mélangent les deux dans la même case.

Type d’ombre

Caractéristiques

Où on la trouve

Ombre dure

Contours nets, contraste fort, effet dramatique.

Soleil de midi, néon, lampe nue.

Ombre douce

Bords flous, passage progressif de la lumière à l’ombre.

Ciel couvert, lumière rebondie, fin de journée.

Ombrer sur écran

Le numérique n’ombre pas mieux que le papier, il autorise l’erreur. Clip Studio Paint, longtemps vendu en Occident sous le nom de Manga Studio, reste le logiciel de référence chez les auteurs de manga. Krita, Procreate et Corel Painter font le même travail.

Travailler par calques

Tout tient dans le calque séparé. On peint l’ombre au-dessus du dessin, jamais dedans.

  • Un calque réservé aux ombres : le trait d’origine reste intact quoi qu’il arrive.

  • L’opacité règle la force de l’ombre après coup, sans avoir à repeindre la zone.

  • Les modes de fusion, produit et incrustation en tête, mélangent l’ombre aux couleurs du dessous.

Un dernier point est propre au manga : un aplat gris posé sur un calque se convertit en trame de points à l’export, ce qui donne l’aspect imprimé sans coller la moindre feuille.

Trames, hachures et gris au marqueur

Sur papier, l’ombre du manga tient d’abord en un mot : la trame. Des feuilles adhésives imprimées de points, qu’on découpe au cutter et qu’on colle sur la planche. C’est de là que viennent les gris d’un volume imprimé, et c’est la pièce la plus délicate du matériel pour dessiner un manga : deux trames superposées à la mauvaise densité donnent un moiré à l’impression.

  • Les hachures croisées construisent l’ombre par accumulation. Plus les traits se serrent, plus la zone s’assombrit.

  • L’estompage, au doigt ou à l’estompe, convient au crayon graphite et donne des passages sans rupture.

  • Le pointillisme se réserve aux petites surfaces : la texture d’une écorce, une joue mal rasée.

Les marqueurs à alcool Copic existent en gammes de gris, froids, neutres et chauds, mais ils servent surtout à l’illustration couleur plutôt qu’à la planche. De toute façon, l’ombrage se décide en même temps que l’encrage. Une fois l’encre sèche, il est trop tard pour déplacer une source de lumière.

Deux cas concrets

Les principes se comprennent vite et s’appliquent mal. Voir ce que l’ombre change sur un personnage, puis sur un décor, va plus loin qu’une liste de règles.

Décor de manga encré, ombres portées et trames posées sur les bâtiments

Un personnage

L’ombrage d’un personnage donne du volume, il ne décore pas. Trois réflexes suffisent au départ.

  • Repérer la partie du corps la plus exposée, puis n’ombrer que ce qui s’en éloigne.

  • Réserver les ombres dures aux masses musculaires et aux plis de vêtement, garder des transitions douces sur les visages.

  • Poser un reflet dans les cheveux. C’est ce qui les empêche de ressembler à un casque.

Un décor

Le dessin de paysage en plein air demande une autre logique : l’ombre y sert la distance autant que le volume.

  • Le ciel réclame des passages doux, sous peine de se découper en bandes.

  • Les ombres portées des arbres et des bâtiments posent le sol. Sans elles, tout flotte.

  • Plus un plan s’éloigne, moins il contraste. C’est la perspective atmosphérique, et elle fonctionne aussi en noir et blanc.

Rien de tout cela ne s’apprend en lisant. Prenez une pomme, une lampe de bureau, et refaites le même dessin en déplaçant la lampe d’un quart de tour à chaque fois. La logique de l’ombre rentre plus vite comme ça qu’avec dix tutoriels. Le reste vient avec les astuces pour améliorer son dessin, et avec beaucoup de planches ratées.

Écrit parKenji