AccueilDevenir Mangaka (44)Manga (103)
Devenir Mangaka

À Lunéville, Charlotte Moncotel veut percer dans l'illustration manga

Kenji·5 min de lecture

Charlotte Moncotel a 26 ans, elle vit à Lunéville et elle dessine des mangas. Dyslexique et dyspraxique, elle a fait du dessin son moyen d'expression principal avant d'en faire un projet de métier. Elle écrit aujourd'hui le scénario de sa propre série et anime des cours dans des boutiques du secteur. Le plus dur reste devant elle : trouver un éditeur. Le pays lit énormément de manga, il en publie peu venu de ses propres auteurs.

Une illustratrice lorraine venue du dessin

Un parcours marqué par le dessin

Le manga n'est pas venu par hasard. Enfant, elle regarde les adaptations animées à la télévision, et les traits, les codes graphiques, tout ce qui fait l'esthétique du manga s'imprime dans ses dessins.

« J'ai toujours dessiné ça », explique-t-elle simplement.

Le dessin n'est pas resté un loisir. Avec ses troubles dys, il est devenu un langage de remplacement, une façon de dire les choses quand les mots résistent. Le manga lui offre un cadre où ses idées prennent forme.

Une formation qui confirme sa vocation

Le déclic professionnel arrive en classe de quatrième. Un stage dans le domaine artistique confirme ce qu'elle pressent : elle veut en faire son métier. Après le baccalauréat, elle intègre L'Iconograf, école strasbourgeoise spécialisée en bande dessinée et en manga.

La formation couvre le croquis en extérieur, le dessin d'après modèle vivant et la construction du récit, et Charlotte y affine autant sa technique que sa façon de raconter. Elle en sort avec une certitude. Elle sera illustratrice de manga.

Le manga comme langage graphique

Un style pris devant la télévision

Son style de dessin manga vient directement des séries animées de son enfance. Les proportions proches du réel, les yeux très expressifs, le trait simplifié. Ce vocabulaire est devenu le sien, elle ne l'a pas vraiment choisi.

« Les proportions sont similaires au réalisme, les traits sont eux plus simples », précise-t-elle pour décrire la spécificité du dessin manga.

Ce qui aurait pu rester un loisir d'adolescente est devenu un projet. Charlotte veut créer son propre manga.

Un scénario en construction

Elle travaille en ce moment sur l'écriture complète d'une série : des personnages, une intrigue, un découpage. Chaque brique demande du temps.

Sur une série, le scénario porte tout le reste : sans lui, même les plus belles planches ne tiennent pas debout.

Percer dans un marché ultra-sélectif

Le paradoxe français

La France lit du manga comme peu de pays au monde. Deuxième consommateur mondial, elle voit ses librairies élargir leurs rayons et ses éditeurs multiplier les licences. Le marché est énorme.

Pour les illustrateurs français, c'est plus raide. Beaucoup veulent être édités et peu le sont, parce que les éditeurs privilégient massivement les traductions d'œuvres japonaises, moins risquées commercialement.

Charlotte connaît ces difficultés. Elle persévère.

Illustratrice, pas mangaka

Elle se présente comme illustratrice ou dessinatrice de manga, jamais comme mangaka. La nuance compte pour elle : le mot « mangaka » désigne les auteurs japonais, ceux qu'elle admire et dont elle s'inspire. Une façon de rendre au médium ce qui lui revient.

Le mot change peu de chose à ce qu'elle vise. Vivre de son dessin.

Transmettre pour se faire connaître

Les cours comme vitrine

Dans les boutiques du secteur, Charlotte anime des sessions de dessin où elle transmet ce qu'elle a appris à L'Iconograf : la construction des proportions, la tenue du trait.

Ces séances lui servent aussi de vitrine. À Lunéville, se faire connaître passe autant par les rencontres directes que par un compte suivi, et les réseaux sociaux ne suffisent pas toujours.

Montrer comment le style se fabrique

Devant un groupe, elle décompose. Une base de proportions réalistes, puis une simplification du trait. Le style devient abordable pour un débutant. Il reste exigeant dès qu'on veut aller plus loin.

Chaque cours élargit le cercle des gens qui ont vu son travail. À l'échelle d'une ville de Meurthe-et-Moselle, ça compte.

Le projet de série avance lentement, et il avance. Charlotte Moncotel dessine, écrit, enseigne. Dans un secteur qui publie d'abord des traductions japonaises, elle se construit une visibilité là où elle le peut, dans sa ville et devant ses élèves. Le reste dépendra de la série qu'elle écrit.

Écrit parKenji