Dessiner un manga : se préparer aux concours

Un concours de manga ne juge pas un dessin isolé. Il juge un récit tenu sur quelques dizaines de pages, envoyé dans un format imposé, avant une date qui ne bouge pas. Beaucoup de dossiers tombent là, avant même d’être lus, parce que leur auteur a passé six mois sur ses planches et trois jours sur le règlement qui décide de leur sort.
La préparation se joue donc sur deux fronts. D’un côté le métier : les personnages, la mise en page, l’encrage. De l’autre l’administratif, que les dessinateurs traitent trop tard. Le choix des outils de dessin compte, mais il ne rattrape pas un règlement mal lu.
Les concours ouverts aux dessinateurs
Le plus ancien de ces rendez-vous vient du Japon. Le Tezuka Award existe depuis 1971. Shueisha le remet pour le Weekly Shonen Jump, deux fois par an, et il récompense les débutants dans la catégorie du récit. Son jumeau l’Akatsuka Award est né en 1974, sur le même rythme, pour le manga d’humour. Les deux portent le nom d’un auteur : Osamu Tezuka pour l’un, Fujio Akatsuka pour l’autre.
Un autre concours contourne la barrière de la langue. La Silent Manga Audition, organisée par l’éditeur Coamix, n’accepte que des histoires sans dialogue. Dix-sept pages au maximum, participation gratuite, aucune condition d’âge ni de nationalité, et un jury qui aligne des auteurs maison comme Tsukasa Hojo, à qui l’on doit City Hunter, ou Tetsuo Hara, celui de Ken le Survivant. Tout se joue sur le muet. Une scène qui ne se comprend pas sans texte est ratée.
Reste le Japan International MANGA Award, lancé en 2007 par le ministère japonais des Affaires étrangères. Celui-là est réservé aux auteurs qui ne sont pas japonais, et les lauréats sont invités au Japon. L’esprit y est diplomatique autant qu’éditorial. Le profil des œuvres retenues s’en ressent.
Les étapes préliminaires pour dessiner un manga de qualité
Avant d’ouvrir le premier crayonné, il y a du travail de fond : la recherche, la pratique des techniques de dessin, et la collecte des ressources nécessaires. S’inspirer de plusieurs styles évite de calquer un seul modèle, et l’exploration d’œuvres variées affine le trait.
Voici quelques éléments clés à considérer :
Analyse des styles : observer le travail d’auteurs reconnus apprend à démonter ce qui rend une planche lisible. Pourquoi cet angle, pourquoi cette case plus large que les autres.
Étude des techniques : le croquis rapide assouplit le trait. Un feutre à pointe fine et un pinceau à réservoir suffisent, chez Sakura comme chez Pentel.
Compréhension de la narration : un manga raconte avant d’illustrer. Un jury regarde d’abord les personnages et la façon de les construire. La virtuosité du trait passe après.
Ressources d’apprentissage : guides pour débutants et cours en ligne complètent l’étude.

Choisir les bons outils de dessin
Côté matériel, les gammes se valent plus qu’on ne le dit. Faber-Castell, Kuretake, Copic ou Ohuhu couvrent les mêmes besoins à des prix très différents. Ce qui compte, c’est de garder le même jeu d’outils assez longtemps pour savoir comment il réagit sur un aplat de noir, sur un dégradé de trame et sur une correction au blanc. Un an, disons.
Papiers spécifiques : le papier change l’expérience plus que le stylo. Un grammage adapté aux marqueurs ne bavera pas ; un papier aquarelle boira l’encre.
Marqueurs : les Copic se rechargent, ce qui explique leur prix d’entrée élevé et leur coût d’usage bas.
Pinceaux : les feutres pinceau Pentel tiennent bien l’encre et permettent un trait modulé.
Le logiciel suit la même logique. Clip Studio Paint et Adobe Photoshop font tous les deux le travail. Le premier a longtemps été vendu en Occident sous le nom de Manga Studio, et beaucoup de tutoriels le désignent encore ainsi. Un jury ne devine pas lequel a servi.
L’importance du développement du personnage
Les personnages portent le récit. Pour un concours, où le lecteur découvre tout en quelques pages, un protagoniste flou coûte cher immédiatement.
La création se décompose en trois volets : la conception physique, la personnalité, l’évolution au cours du récit. Une fiche par personnage sert autant au dessin qu’à l’écriture. Elle évite les silhouettes qui changent en cours de route.
Éléments clés du développement de personnage
Plusieurs aspects méritent d’être fixés avant le storyboard :
Apparence physique : du design des vêtements à la palette, chaque choix doit rester cohérent d’une case à l’autre. La silhouette doit se reconnaître en ombre chinoise.
Personnalité : les motivations et les failles font vivre l’histoire. Regardez comment les obstacles rencontrés déforment le caractère.
Contexte et histoire : l’origine d’un personnage oriente son développement. Une histoire personnelle qui croise l’intrigue vaut mieux qu’un passé décoratif.
Le personnage cesse alors d’être une figure dessinée pour devenir quelqu’un que le lecteur suit.

Maîtriser la composition et les mises en page
Une composition réussie retient le lecteur d’une page à la suivante. Le placement des personnages, l’échelle et les points de vue décident de l’intensité d’une scène. Bien plus que le niveau de finition.
Les grilles de mise en page servent à organiser les cases et à régler le rythme du récit. Elles donnent une cohérence sans interdire les écarts.
Voici quelques astuces pour améliorer la mise en page :
Utilisation de grilles : changer de configuration de grille débloque des dynamiques de lecture inattendues.
Points de vue variés : alterner plongées, contre-plongées et plans rapprochés renforce l’impact d’une scène.
Rythme narratif : la disposition des cases commande la vitesse de lecture. Une montée en tension se soutient par des mises en page serrées.
Ces choix techniques racontent la vision d’un auteur aussi clairement que son trait.
Élément | Description | Astuces pratiques |
|---|---|---|
Grilles | Outils pour structurer les cases | Expérimentez avec différents types de grilles pour explorer des mises en page uniques |
Points de vue | Différents angles pour accroître l’impact visuel | Alternez entre différents points de vue pour dynamiser la scène |
Rythme | Contrôle de la fluidité de la lecture | Utilisez des configurations serrées pour une lecture rythmée |
Finaliser et soumettre le travail
L’œuvre terminée n’est pas encore un dossier. Restent la finition, la numérisation et la préparation des fichiers. Cette dernière ligne droite se bâcle souvent, et elle se voit.
La présentation pèse parfois autant que le contenu. Un scan gris fait perdre la moitié des noirs. Quelques points à surveiller :
Préparations pour la soumission
Prendre soin des finitions : bords nets, encre parfaitement sèche, gomme passée sur les crayonnés résiduels.
Numérisation de qualité : un scanner correct capte les détails que la photo au téléphone écrase.
Formats de fichiers : chaque concours fixe ses exigences de format, de résolution et de nombre de pages. Elles sont éliminatoires.
Relire le règlement la veille de l’envoi coûte dix minutes. Le rater coûte une année d’attente jusqu’à la session suivante.

Ressources pour la préparation finale
Reste à combler les manques repérés en chemin. Un trait qui hésite se travaille du côté des techniques de dessin de manga. Une intrigue qui patine se reprend au scénario. Un décor vide se remplit à force d’observation, carnet en main, sans attendre le prochain règlement. Le calendrier laisse d’ailleurs le temps de s’y mettre : entre deux sessions du Tezuka Award, il reste six mois.