Dessiner un manga : préparer sa première expo ou convention

Une convention, c'est un stand de deux mètres, une pile de dessins et deux jours debout à parler à des inconnus. Rien à voir avec le travail solitaire à la table. À Japan Expo, à Paris Nord Villepinte, comme dans un salon régional installé dans une salle des fêtes, la préparation suit la même liste : des pièces à montrer, une table qui se voie depuis l'allée, et de quoi tenir jusqu'à la fermeture du dimanche. Le dessin est la partie facile. Le reste s'apprend sur place, souvent à ses dépens.
Se préparer sur le plan technique
Avant le stand, il y a ce qu'on pose dessus. Celui qui arrive avec trois planches photocopiées repart avec trois planches photocopiées. La question du matériel se règle des mois avant, jamais la veille.
Sur papier comme sur écran, le travail reste le même : encrer proprement, trancher les noirs, savoir où poser les trames. La tablette graphique a l'avantage de la reprise, et Wacom équipe la plupart des ateliers, mais une planche à l'encre de Chine tient très bien sur une table de convention. Le choix des outils de dessin dépend surtout de ce qu'on veut vendre sur place : un original à l'encre se vend une fois, un tirage numérique se réimprime tout le week-end.
Les logiciels de création de manga
Trois logiciels reviennent chez les dessinateurs, et le premier a changé de nom en route.
Logiciel | Ce qu'il apporte au manga | Licence |
|---|---|---|
Clip Studio Paint | Trames, règles de perspective, modèles 3D de pose, bulles de dialogue | Licence perpétuelle ou abonnement, deux niveaux (Pro et EX) |
Adobe Photoshop | Retouche, textures, mise en couleur des grandes illustrations de stand | Abonnement mensuel |
Krita | Peinture numérique, brosses, gestion des calques | Gratuit et libre |
Manga Studio et Clip Studio Paint ne sont pas deux logiciels : c'est le même, vendu sous son nom occidental jusqu'en 2016, puis rebaptisé. Les vieux tutoriels qui parlent encore de Manga Studio restent donc utilisables, les menus ont seulement bougé de place.
S'entraîner avant le jour J
Le stand demande une production rapide, et c'est là que la plupart des débutants se font piéger : ils savent finir une planche en trois jours, pas un croquis en cinq minutes devant quelqu'un qui attend. Ça se travaille, comme les techniques de dessin et de narration.
Le croquis sur le vif, en terrasse ou dans le métro, pour apprendre à dessiner vite et sans gomme.
Les ateliers des médiathèques et des associations locales, qui coûtent rarement cher et remplissent les carnets.
Un petit groupe de relecture, même à trois, pour entendre autre chose que « c'est joli ».
Dessiner devant public est un exercice à part entière. Autant s'y casser les dents chez soi.
Monter un stand qui donne envie de s'arrêter
Dans une allée de convention, un visiteur passe devant une table en deux secondes. Deux secondes pour décider s'il ralentit. Ce qui l'arrête n'est presque jamais la qualité du trait : c'est une image assez grande pour être lue de loin, un univers reconnaissable, une couleur qui tranche avec les tables voisines.
Design et présentation
Un stand cohérent avec l'œuvre vaut mieux qu'un stand chargé. Trois erreurs reviennent chez les primo-exposants, et elles se corrigent avec du carton et du scotch.
Élément | Ce que ça change |
|---|---|
Une image lisible à trois mètres | C'est elle qui arrête le visiteur dans l'allée, pas les planches posées à plat sur la nappe |
La hauteur des présentoirs | Un dessin à hauteur d'yeux se regarde, un dessin couché se contourne |
Les prix affichés | Sans étiquette, beaucoup de visiteurs n'osent pas demander et repartent |
Le reste tient à l'ergonomie. Laisser un passage devant la table, ne pas se cacher derrière une pile de tirages, garder une chaise libre pour la personne qui attend sa dédicace. Rien de sorcier. Personne n'y pense la première fois.
Parler aux gens pendant deux jours
Rester assis derrière son stand à attendre est le meilleur moyen de ne rien vendre. Le contact direct est aussi le seul retour honnête qu'un dessinateur obtient sur son travail : personne ne s'arrête par politesse.
Des séances de dédicace annoncées à l'avance, avec un horaire écrit sur la table.
Du dessin en direct, qui retient les curieux plus longtemps que n'importe quelle affiche.
Une question posée en premier, plutôt qu'un bonjour attendu.
Les artistes qui repartent avec des lecteurs fidèles sont ceux qui ont parlé, pas ceux qui ont le plus beau stand.
Ce qui se passe mal à une première convention
La préparation n'empêche pas les tuiles. Elle les rend gérables.
Logistique et organisation
Le transport des œuvres, le montage, la gestion du temps sur place : c'est là que ça dérape. Un original corné dans le train ne se répare pas.
Tâche | Détail | Quand s'en occuper |
|---|---|---|
Transport des originaux | Pochette rigide, jamais un tube écrasé au fond d'un sac | La veille du départ |
Montage du stand | Compter le double du temps prévu, les allées sont encombrées à l'installation | Le matin de l'ouverture |
Horaires de dédicace | Les annoncer avant, sinon personne ne revient au bon moment | Une semaine avant |
Prévoir aussi de la monnaie, une rallonge électrique et de quoi manger. Les files des points de restauration à midi mangent une heure de stand, et l'heure du déjeuner est un des deux pics de fréquentation de la journée.
Encaisser les retours
Un stand expose au silence autant qu'à la critique. Des gens regardent une planche, ne disent rien, s'en vont. D'autres expliquent en détail ce qui ne va pas dans les proportions, parfois avec raison. Le tri se fait après, pas sur le moment : on note, on remercie, on regarde ça le lundi. Un carnet dans la sacoche suffit pour ça, et il sert plus tard à savoir ce qui accrochait vraiment.
Où faire ses premières armes
Japan Expo, chaque été à Paris Nord Villepinte, est la plus grosse convention manga de France. Un premier stand s'y noie. Les salons régionaux laissent bien plus de place à un dessinateur inconnu, et l'emplacement y coûte moins cher.
La convention manga de Toulouse, la Japan Manga Wave, réserve une Artist Alley aux créateurs, à côté des concours de cosplay et des concerts. Près de Nancy, la Manga Expo du stade Marcel-Picot, à Tomblaine, installe ses exposants dans les salons de réception d'un stade de football, sur un week-end. Japan Touch, à Lyon, joue dans une catégorie intermédiaire. Sur un salon de cette taille, les gens qui passent s'arrêtent vraiment.
Vendre, montrer, garder le contact
Deux jours de convention rapportent rarement de l'argent la première fois. Ils rapportent des contacts : d'autres dessinateurs, des exposants qui connaissent le circuit, parfois un éditeur qui passe entre deux rendez-vous. Une carte de visite avec un dessin dessus survit mieux qu'un compte à suivre dicté à la volée.
Vitrine et supports
Un portfolio se prépare bien avant l'événement, et il se feuillette debout, en une minute. Sur la table, tout le reste sert à autre chose : donner un prix d'entrée à ceux qui n'achèteront jamais une planche originale.
Support | À quoi ça sert | Exemples |
|---|---|---|
Portfolio | Montrer le travail à un éditeur ou à un visiteur curieux | Classeur à pochettes, tirages A4 |
Produits dérivés | Faire tourner les petits prix pendant tout le week-end | Badges, marque-pages, cartes postales, stickers |
Démonstration en direct | Retenir quelqu'un devant la table | Croquis à la demande, encrage en public |
Le dimanche soir, on remballe. Il reste une liste de contacts, et une autre bien plus longue : le tirage que personne n'a regardé, l'affiche trop petite, les heures perdues à ranger. C'est celle-là qui sert à préparer la convention suivante.