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Manga

Art of Manga : quand le cosplay est entré au de Young Museum

Kenji·10 min de lecture
Art of Manga : quand le cosplay est entré au de Young Museum

« Art of Manga » a ouvert au de Young Museum de San Francisco le 27 septembre 2025 et fermé le 1er février 2026. Plus de 600 planches originales, onze auteurs japonais, un parcours de dix zones dans les salles du musée de Golden Gate Park. Sur ces quatre mois, plus de 176 000 personnes sont passées.

Le cosplay n’était pas accroché aux murs. Il est arrivé par la porte d’entrée. Dès le samedi d’ouverture, des visiteurs costumés ont traversé la baie pour venir regarder des dessins sous verre, et le musée avait prévu le coup : des journées cosplay inscrites au calendrier bien avant le vernissage. Jyke Telmo et Sam Bell sont venus d’Alameda en Jotaro Kujo et Noriaki Kakyoin, deux personnages de « JoJo’s Bizarre Adventure ».

C’est cette cohabitation qui a fait le sujet. D’un côté des originaux prêtés par des éditeurs japonais, dont beaucoup n’étaient jamais sortis de l’archipel. De l’autre des fans en costume, dans une institution municipale à billetterie et vitrines climatisées. Les deux ont tenu les mêmes salles pendant quatre mois.

Où, quand, et combien de monde

L’exposition s’est tenue au de Young Museum, dans le Golden Gate Park, à San Francisco. Elle a été organisée par les Fine Arts Museums of San Francisco et le commissariat en revenait à Nicole Coolidge Rousmaniere, directrice de recherche au Sainsbury Institute for the Study of Japanese Arts and Cultures, à l’université d’East Anglia.

La clôture était annoncée au 25 janvier 2026. Elle a été repoussée d’une semaine, au 1er février, faute de place pour tout le monde. Plus de 176 000 entrées ont été comptées, dont 39 000 mineurs. Vingt-deux pour cent du public avait moins de dix-huit ans, ce qui reste rare dans un musée d’art. Thomas P. Campbell, qui dirige les Fine Arts Museums, y a lu la continuité d’une vieille histoire : San Francisco sert de porte d’entrée aux échanges culturels avec le Japon depuis plus d’un siècle.

Le chiffre n’est pas isolé. À Paris, le musée Guimet a lui aussi pulvérisé son record de fréquentation avec son expo manga, sur une durée comparable et avec le même rajeunissement du public. Deux musées d’art asiatique, deux directions qui ont fait le même pari.

Repère

Ce qui est établi

Titre

Art of Manga

Lieu

de Young Museum, Golden Gate Park, San Francisco

Dates

27 septembre 2025 au 1er février 2026

Commissariat

Nicole Coolidge Rousmaniere, Sainsbury Institute

Œuvres

Plus de 600 planches originales

Auteurs

Onze

Fréquentation

Plus de 176 000 visiteurs, dont 39 000 mineurs

Des visiteurs costumés, aucun costume en vitrine

Kyo est venue en Jolyne Cujoh, l’héroïne de la sixième partie de « JoJo’s Bizarre Adventure ». Un costume pareil tient de l’exercice de lecture : il faut avoir suivi le personnage pour savoir comment le tissu tombe, où passent les coutures, ce que la coiffure raconte du parcours. Rien de tout cela n’était exposé. Tout était debout dans les salles, et repartait le soir.

Le musée n’a pas subi cette présence, il l’a programmée. Trois Cosplay Days figuraient au calendrier, les 27 septembre, 25 octobre et 6 décembre, avec des rassemblements « JoJo » à heure fixe. En janvier, l’opération est passée à tous les samedis. Un musée d’art qui demande à son public de venir déguisé prend position, et cette position dit comment le manga est arrivé jusque-là : par les lecteurs avant les conservateurs.

Cette scène existe ailleurs, sous une autre forme. En France, les concours de costumes se tiennent en convention, comme à la Japan Manga Wave de Toulouse, entre un concert et un atelier de mochis. Le de Young a fait entrer la même pratique dans un bâtiment où l’on parle bas.

Onze auteurs, et un grand écart assumé

La sélection ne cherchait pas les meilleures ventes. Elle cherchait l’écart entre elles.

  • Oda Eiichiro, pour « One Piece », qui occupait plusieurs salles à lui seul.

  • Araki Hirohiko, avec des planches couvrant les différentes parties de « JoJo’s Bizarre Adventure ».

  • Takahashi Rumiko, dont « MAO » figurait au parcours.

  • Tagame Gengoroh, auteur du « Mari de mon frère », et ses récits homoérotiques.

  • Yamazaki Mari pour « Thermae Romae », Taniguchi Jiro, Yoshinaga Fumi, Chiba Tetsuya, Akatsuka Fujio, Tanaami Keiichi et Yamashita Kazumi.

Cette liste explique le grand écart de tons trouvé sur place. Le gag absurde d’Akatsuka Fujio ne vit pas dans le même monde que les compositions psychédéliques de Tanaami Keiichi, ni que la romance, ni que les récits queer. C’est justement le propos de l’accrochage. Le manga n’est pas un genre, c’est un support : on y raconte le sport comme le thermalisme romain, et du shonen au seinen les codes changent avec le lectorat visé.

Les pages étaient montrées telles qu’elles sortent de l’atelier. Traits au crayon, repères de cadrage, bandes de correction collées par-dessus des dialogues réécrits. Ce n’est pas la version imprimée. C’est l’état que le lecteur ne voit jamais.

Le parcours se lisait de droite à gauche

Un manga se lit de droite à gauche. Le de Young a appliqué la règle à son plan de salle : dix zones en boucle, et dans chacune une circulation qui part de la droite. Détail d’accrochage, mais il commande tout le reste. Entrer par la gauche revient à lire la fin avant le début.

Des arches séparaient les zones, dessinées d’après des trames, ces aplats de points qui font les gris du manga imprimé. À l’entrée, une rangée de distributeurs automatiques japonais annonçait la couleur. Plus loin, la section « ONE PIECE ONLY », sous-titrée « How Manga Is Made » et montée par Okamoto Masashi, démontait la fabrication d’une page. Outils de travail des auteurs, manuscrit d’origine, version corrigée et tirage final côte à côte.

La sortie était réservée à Shueisha Manga-Art Heritage, un programme de l’éditeur qui vend des tirages limités faits d’après les originaux, adossés à des jetons non fongibles. Placer cela en dernier n’a rien d’anodin. Après six cents planches uniques, on quitte les salles sur la question de leur reproduction et de leur prix.

Reste ce que l’exposition aura acté. Le manga tient au musée sans traduction ni excuse, et ce n’est plus une curiosité d’importation mais une forme d’art à part entière, avec ses maîtres, ses écoles et ses disputes de famille.

Questions fréquentes

  • Où et quand s’est tenue l’exposition Art of Manga ?
    Au de Young Museum de San Francisco, dans le Golden Gate Park, du 27 septembre 2025 au 1er février 2026. La clôture initialement fixée au 25 janvier a été repoussée d’une semaine.

  • Peut-on encore la voir ?
    Non, elle a fermé le 1er février 2026 et aucune itinérance n’a été annoncée.

  • Combien d’œuvres étaient exposées ?
    Plus de 600 planches originales, signées de onze auteurs japonais. Beaucoup n’avaient jamais été montrées hors du Japon.

  • Le cosplay faisait-il partie de l’exposition ?
    Aucun costume n’était présenté en vitrine. Des Cosplay Days figuraient en revanche au programme du musée, journées où les visiteurs venaient déguisés en personnages de manga, avec des rassemblements annoncés à l’avance.

  • Qui a assuré le commissariat ?
    Nicole Coolidge Rousmaniere, directrice de recherche au Sainsbury Institute for the Study of Japanese Arts and Cultures. La section consacrée à « One Piece » a été montée par Okamoto Masashi.

Écrit parKenji