Hyunji Yoon prépare un manga autobiographique sur son arrivée à Quimper
L'autrice coréenne Hyunji Yoon, connue en France pour sa BD Bibimbap ou jambon-beurre ?, prépare un manga autobiographique sur ses débuts à Quimper, à 19 ans, quand elle ne parlait pas français. Le livre dépend d'une campagne de financement participatif fixée à 10 000 euros, ouverte jusqu'au 20 mars. Objectif manqué, pas de manga.
Un manga autobiographique sur son arrivée en France
Le projet Moi, étrange inconnue
Moi, étrange inconnue doit paraître aux éditions Exemplaire. Hyunji Yoon y travaille depuis son retour en France, et le projet est sorti des cartons après qu'une maison d'édition l'a recontactée.
Le récit se concentre sur son arrivée à Quimper à 19 ans, pour cinq années d'études à l'école des Beaux-Arts. Elle maîtrisait mal le français. C'était aussi la première fois qu'elle quittait la Corée du Sud.
Elle veut mettre sur la planche ses émotions d'alors : se découvrir étrangère, être l'inconnue quelque part. La timidité, l'isolement, et ces gestes du quotidien qui ne coûtent rien vus de l'extérieur et lui demandaient un effort énorme.
Elle décrit un livre beaucoup plus personnel et plus exposé que le premier. Pour un lecteur, c'est l'occasion rare de lire ce que traverse réellement quelqu'un qui atterrit dans un pays dont il ne parle pas la langue.
Ce qui change par rapport à Bibimbap ou jambon-beurre ?
Sa première BD était drôle. Elle y racontait les différences culturelles entre la France et la Corée du Sud, clichés compris, sur un ton léger, pour un public français curieux de culture coréenne. Ça a fonctionné : les 3 000 exemplaires du premier tirage sont partis vite.
Moi, étrange inconnue prend l'angle inverse. On quitte le regard amusé sur deux pays pour une exploration intime de ce que veut dire être étrangère. Elle y raconte sa propre transformation, cette part d'elle-même qu'elle a découverte en arrivant à Quimper.
Les thèmes deviennent donc plus émotionnels : la barrière de la langue, la timidité, l'isolement, ces moments où le geste le plus simple devient un obstacle. Quiconque a déjà vécu à l'étranger sans repères voit de quoi il s'agit.
Un financement participatif qui décide de tout
L'enjeu des 10 000 euros
Pour que Moi, étrange inconnue existe, Hyunji Yoon et les éditions Exemplaire ont lancé une campagne de financement participatif avec un objectif de 10 000 euros. La règle est brutale : sans la somme au 20 mars, le manga ne sort pas.
L'autrice raconte que préparer cette campagne a été amusant et angoissant à la fois. Elle s'est démenée pour rendre le projet attirant, et depuis le lancement elle tourne en boucle sur une question : « Est-ce que je mérite de continuer à faire ce métier ? » Beaucoup d'auteurs qui dépendent du soutien direct de leurs lecteurs connaissent ce doute. Le financement participatif tient d'ailleurs le même rôle que l'auto-édition : ce sont les lecteurs qui valident le projet, pas un comité éditorial.
Le succès de sa première BD
Les 3 000 exemplaires du premier tirage de Bibimbap ou jambon-beurre ? se sont vendus vite. Bon signe pour la suite, sans plus : un livre intime ne s'adresse pas forcément au même lecteur qu'une BD sur les malentendus franco-coréens. Toute la campagne sert à mesurer ça.
Ceux qui ont aimé la première trouveront ici autre chose : plus lent, plus personnel, moins immédiat.
Qui est Hyunji Yoon ?
Parcours de l'autrice
Hyunji Yoon est autrice et illustratrice coréenne, 30 ans. Elle a quitté la Corée du Sud à 19 ans pour Quimper, dans le Finistère, et y a suivi cinq ans d'études à l'école des Beaux-Arts. C'est cette période qu'elle met en cases dans Moi, étrange inconnue.
Après ses études, elle est rentrée en Corée, puis revenue s'installer en France. Bibimbap ou jambon-beurre ? a été son premier succès auprès du public français, avec les différences culturelles entre les deux pays racontées avec humour.
Le choix du format manga plutôt que de la BD franco-belge n'a rien d'un hasard. C'est le médium qui lui est le plus familier, et celui qui lui permet de faire tenir ses deux cultures dans le même livre.
Sa présence au Salon Livr'arts
Hyunji Yoon sera au Salon Livr'arts le 1er mars, de 10 h à 18 h, à l'espace Kerné, à Plomelin. Entrée gratuite. L'occasion de la rencontrer, de parler du projet, peut-être de repartir avec une dédicace.
Ces rendez-vous font le travail que la campagne en ligne ne fait pas : ils mettent l'autrice en face des gens qui la lisent. Si tu hésites à contribuer, une discussion de dix minutes à sa table réglera la question plus vite qu'une page de présentation.
Un angle rare : être étrangère en Bretagne
Un regard rare sur l'immigration et l'intégration
Peu de mangas publiés en France racontent l'expérience d'être étranger en France. Les autobiographies du genre se déroulent le plus souvent en Asie, au Japon ou en Corée. Une Coréenne qui raconte Quimper, c'est un point de vue qu'on ne lit pas ailleurs.
Le récit n'est pas romancé. Elle raconte sa propre vie, ses émotions réelles, ses galères concrètes. Ça donne une autre matière que les récits d'expatriation écrits après coup, une fois que tout s'est arrangé.
Au-delà des clichés culturels, déjà traités dans sa première BD, Moi, étrange inconnue s'attaque à la dimension émotionnelle de l'immigration. Le livre ne compare pas deux pays. Il raconte ce que ça fait de se découvrir soi-même là où on ne connaît personne.
Le format manga pour raconter son histoire
Le choix du manga mérite qu'on s'y arrête. L'autrice vient d'un pays où la bande dessinée s'appelle le manhwa et où le manga japonais se lit énormément. En prenant ce format, elle relie ses lectures d'origine à son histoire française.
Le manga autorise aussi une narration plus lente, avec des pages qui laissent la place aux silences et aux temps morts. Un récit d'isolement a besoin de ça : des planches qui respirent, où le lecteur a le temps de s'installer.
Le manga francophone accueille désormais des récits ancrés en France, portés par des auteurs et des autrices d'origines variées. À Lunéville, Charlotte Moncotel écrit et dessine sa propre série et cherche un éditeur. Le chemin ressemble beaucoup à celui de Hyunji Yoon, à la langue près.
Comment soutenir le projet
- Titre du manga : Moi, étrange inconnue
- Éditeur : Exemplaire
- Campagne : ouverte jusqu'au 20 mars
- Objectif : 10 000 euros
- Enjeu : sans les 10 000 euros, le manga ne paraît pas
La contribution se fait en ligne, sur la page de la campagne. C'est ce type de soutien direct qui fait exister les livres que personne n'aurait commandés.
Et si tu es dans le coin le 1er mars, passe à Plomelin. Un billet pèse plus lourd qu'une poignée de main, mais voir du monde à sa table change quelque chose pour une autrice qui se demande si son métier tient encore.