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Manga

L'hypnose dans le manga : les séries et les pouvoirs qui s'en servent

Kenji·7 min de lecture
L'hypnose dans le manga : les séries et les pouvoirs qui s'en servent

L'hypnose sert rarement de décor dans un manga. Elle sert de moteur. Un professeur implante cent gestes interdits dans le crâne de sa classe, un lycéen prend le contrôle de quiconque lui répond, un capitaine de la Soul Society trompe les cinq sens de ses adversaires pendant un siècle. Cinq séries s'en servent pour de bon, et elles se lisent toutes en français sans passer par les sites de scan.

Sommaire

  1. Les séries où l'hypnose fait tourner l'intrigue

  2. Où les lire en français

  3. Ce que l'hypnose change au récit et au dessin

  4. Du manga à l'écran

  5. Par où commencer

Les séries où l'hypnose fait tourner l'intrigue

Trois titres portent l'hypnose comme sujet, pas comme accessoire. Signal 100, d'Arata Miyatsuki au scénario et Shigure Kondo au dessin, part d'un professeur harcelé toute l'année par ses élèves. Il hypnotise sa classe, y implante cent gestes interdits, puis se jette dans le vide. Celui qui en commet un se donne la mort. Personne ne sait lesquels. Quatre tomes chez Delcourt, prépubliés dans le magazine Young Animal de Hakusensha entre 2015 et 2016.

Lost+Brain prend le problème par l'autre bout. Ren Hiyama s'ennuie du monde et décide de le refaire ; il repère dans l'hypnose l'outil qu'il lui faut, s'entraîne un an sur ses camarades de classe, puis passe à l'échelle au-dessus. Tsuzuku Yabuno au scénario, Akira Ōtani au dessin, trois tomes chez Kurokawa, prépubliés dans le Weekly Shōnen Sunday entre décembre 2007 et juillet 2008. À la sortie, les lecteurs japonais ont reproché à la série de ressembler à Death Note. Ils n'avaient pas tout à fait tort.

Du côté du webtoon, Sous Hypnose ramène le pouvoir à l'intime : deux amis d'enfance, une pièce de monnaie qui sert de pendule, des secrets qui remontent. Ce manhwa coréen de 2023, écrit par Tama et dessiné par G-goon, paraît chez Toomics en VF. Il est classé 18+, et ce n'est pas décoratif.

Restent les pouvoirs hypnotiques logés dans des séries qui parlent d'autre chose. L'alter de Hitoshi Shinsô, dans My Hero Academia, prend la main sur quiconque lui répond à voix haute : un mot suffit, et la personne obéit sans en garder le souvenir. Se taire suffit aussi à s'en protéger, ce qui limite drôlement le héros en combat. Dans Bleach, le shikai de Kyōka Suigetsu impose une hypnose complète aux cinq sens de quiconque a vu la lame se libérer, une seule fois, même cent ans plus tôt. Aizen s'en sert sous le nez du Gotei 13 sans que personne ne le voie venir.

Le procédé circule donc entre les genres et les styles de manga, du shônen au seinen, avec un traitement différent à chaque fois. Le shônen en fait un pouvoir de combat, avec ses règles et ses failles. Le seinen en fait un piège dont on ne sort pas.

Où les lire en français

En français, ces titres se trouvent sur trois plateformes légales.

  • Manga Nova a ouvert le 4 février 2024. Elle est portée par AC Media, la maison mère de Ki-oon et de Mana Books. Lecture gratuite, sans publicité, avec des séries en simultrad et une partie du catalogue des deux éditeurs.

  • Mangas.io fonctionne par abonnement et donne accès aux catalogues de plusieurs éditeurs francophones, chapitre par chapitre.

  • Toomics héberge Sous Hypnose en VF, avec des épisodes réguliers. Le site marche aux pièces, et quelques épisodes sont ouverts pour se faire une idée avant de payer.

Signal 100 et Lost+Brain, eux, restent du papier ou du numérique payant : Delcourt pour le premier, avec une édition Kindle, Kurokawa pour le second. Ce dernier remonte à 2008 et tient en trois tomes. C'est vite lu.

Ce que l'hypnose change au récit et au dessin

Un pouvoir qu'il faut brider

Un pouvoir hypnotique pose toujours le même problème d'écriture. S'il marche à tous les coups, l'histoire s'arrête à la deuxième case. Les auteurs le bornent donc, et la borne devient le sujet. Shinsô a besoin d'une réponse verbale, alors on lui oppose des adversaires silencieux. Kyōka Suigetsu exige que la victime ait vu la libération du sabre : un aveugle y échappe. Dans Signal 100, les lycéens savent parfaitement qu'ils sont piégés : ils ignorent seulement où sont les cent déclencheurs, et cette ignorance tient quatre tomes.

Le dilemme moral arrive derrière. Celui qui hypnotise ne tue personne de ses mains. Il laisse faire, et il regarde. Ce déplacement de la responsabilité intéresse davantage les auteurs que l'effet spectaculaire de la transe.

Série

Type

Ce que l'hypnose y provoque

Signal 100 (Miyatsuki / Kondo)

Seinen, horreur

Cent gestes interdits implantés dans une classe de lycée, chacun mortel

Lost+Brain (Yabuno / Ōtani)

Shōnen, thriller

Un élève s'entraîne sur ses camarades, puis vise la refonte de la société

Sous Hypnose (Tama / G-goon)

Webtoon, romance 18+

Un pendule improvisé fait remonter ce que deux amis d'enfance se cachaient

My Hero Academia (Kōhei Horikoshi)

Shōnen

L'alter de Hitoshi Shinsô prend la main sur quiconque lui répond

Bleach (Tite Kubo)

Shōnen

Kyōka Suigetsu trompe les cinq sens de ceux qui ont vu sa libération

Dessiner la transe

Les codes graphiques sont stables depuis longtemps : la spirale, la pupille vidée de son reflet, le décor qui perd ses lignes de fuite. Sur Signal 100, Kondo passe surtout par le regard et par des cadrages qui se resserrent jusqu'à l'étouffement. Ailleurs, c'est le fond qui lâche le premier, avant les visages.

Le webtoon a déplacé une contrainte : le défilement vertical. Un dessinateur peut y étirer une transe sur plusieurs écrans, sans coupure de page ni tourne imposée, et changer la dominante de couleur d'un épisode à l'autre pour marquer les étapes de l'emprise. Le lecteur descend au pouce, le décor se déforme à son rythme. Le papier ne fait pas ça.

Tout ce travail rejoint celui de la psychologie des personnages. Un visage sous emprise doit rester reconnaissable tout en cessant d'être lui-même, et c'est une ligne étroite. Les séries qui la ratent tombent dans le masque figé.

Du manga à l'écran

Signal 100 a été porté au cinéma par Lisa Takeba, avec Kanna Hashimoto au générique. Le film a été montré au festival de Sitges en octobre 2019, puis sorti dans les salles japonaises le 24 janvier 2020. L'adaptation n'a pas eu grand-chose à inventer : le huis clos scolaire et le compte à rebours des gestes interdits étaient déjà du cinéma d'horreur sur le papier.

Le reste tient à la place que le manga occupe dans la pop culture. Un ressort narratif qui fonctionne circule vite, d'une série à l'autre, du papier au webtoon puis à l'écran. L'hypnose a deux avantages : elle ne coûte presque rien à dessiner, et elle se comprend sans explication. Ça pèse plus lourd dans sa longévité qu'un discours sur l'air du temps.

Par où commencer

Pour du thriller sec, Signal 100. Quatre tomes, une mécanique qui ne dévie jamais, une vraie fin. Pour voir le manipulateur travailler de l'intérieur, Lost+Brain, plus bavard, plus proche du modèle Death Note qu'il assume mal. Pour le webtoon, Sous Hypnose se lit en une soirée, à condition d'accepter son classement adulte.

Un critère de tri, pour finir. Ces séries vieillissent mal dès qu'elles expliquent trop leur pouvoir : dix pages de règles, et la peur retombe. Celles qui tiennent laissent le lecteur douter de ce qu'il voit sur la planche, exactement comme le personnage sous emprise. C'est à peu près le seul filtre qui résiste à l'usage.

Écrit parKenji